Édito mars 2019

« Oui », « non » ou peut-être

Le Royaume-Uni va-t-il larguer les amarres ? Depuis quarante-six ans, ce pays est solidement arrimé à l’Union européenne. Il fait partie du « marché unique », un espace à l’intérieur duquel les marchandises, les capitaux, les services et les personnes peuvent circuler librement. C’est grâce à cet espace commun, notamment, que de nombreux Français ont pu choisir d’aller travailler à Londres pour vivre une expérience différente. Les Anglais, eux aussi, en ont profité, souvent pour passer une partie de leur retraite en France.

Tout cela risque de devenir plus compliqué après le 29 mars, date retenue pour le Brexit, la sortie du pays de l’Union européenne. Si le Parlement britannique n’a pas voté d’ici là l’accord négocié avec la Commission européenne, la libre circulation prendra fin, et ce sera comme si la grande île britannique s’éloignait du continent, comme si un fossé se creusait entre Européens.

Il est probable que ce n’est pas ce que souhaitaient les électeurs qui ont voté pour le Brexit lors du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE organisé le 23 juin 2016. La plupart voulaient freiner l’immigration et moins dépendre des lois européennes mais ils pensaient que pour le reste, tout continuerait comme avant. La question posée, d’une grande simplicité, cachait en fait des enjeux complexes que seuls de bons connaisseurs des questions européennes pouvaient anticiper.

C’est une leçon à retenir alors qu’en France, on débat du référendum d’initiative citoyenne (RIC). La réalité est difficile à ramener à un choix binaire, « oui » ou « non ». Et le processus de décision doit souvent s’inscrire dans le temps long.

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Edito de décembre 2018

Dribbler les populistes

On a souvent du Brésil une image riante : football et carnaval ! La réalité est pourtant bien plus diverse. Ce pays est l’un des plus violents au monde, et les inégalités y sont beaucoup plus fortes qu’en Europe. Ces tensions sont devenues telles que l’élection présidentielle qui s’est déroulée en octobre a été extrêmement polarisée, débouchant sur l’élection d’un homme politique, Jair Bolsonaro, sans envergure mais qui a séduit par un discours agressif et simplificateur envers les minorités.

Sa victoire est d’autant plus préoccupante qu’elle s’ajoute à d’autres. Aux États-Unis, aux Philippines, en Turquie, en Italie, des dirigeants s’imposent dans les urnes en utilisant les ficelles du populisme. Ils prônent des politiques brutales, excluantes, cherchant souvent à restreindre les libertés. Ils rejoignent d’autres dirigeants qui méprisent la démocratie, en Chine ou en Russie. Tous conçoivent les relations politiques et sociales comme un pur rapport de force.

Ces postures peuvent mettre en danger les relations internationales. Pour préserver la paix et trouver des solutions aux grands défis de ce XXIe siècle – changement climatique, migrations, révolution technologique –,
il faut pourtant que les États dialoguent et fassent des compromis. Heureusement, des dizaines de pays restent décidés à promouvoir et à faire progresser cette culture de l’échange, avec de nombreux autres acteurs – associations, pouvoirs locaux, organisations internationales… C’est aussi à chaque citoyen(ne) de la soutenir et de l’encourager.

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito de novembre 2018

Trafic de migrants

Le parcours d’un migrant n’est pas un long fleuve tranquille. Quand il recourt à des filières clandestines, il s’en remet à des passeurs peu scrupuleux. Des enquêtes de police montrent que ces intermédiaires appartiennent à des réseaux transnationaux qui se livrent à un véritable commerce. Pour ces mafias, le trafic d’être humains est aussi payant que le trafic d’armes ou de drogue. Et lorsqu’un migrant arrive à son pays de destination, ces réseaux, souvent, l’exploitent en profitant de son statut irrégulier.

Cette réalité préoccupe les associations d’entraide, en France et en Europe. Comment apporter un soutien sincère à une personne dont on devine que certains, derrière elle, tirent les ficelles. Des organisations sont même accusées de faire, involontairement, le jeu des mafias. Il n’y a pas de réponse simple à cette situation extrêmement complexe.

La migration est un phénomène aussi ancien que l’humanité et il est vain de vouloir l’enrayer, d’autant qu’il se révèle souvent très enrichissant. L’accueil d’une personne en difficulté est un devoir, dès lors que la société est en mesure de l’assumer. Mais il ne faut pas nier les crispations que ces flux de populations provoquent. Et il est juste de lutter contre les mafias. Une des solutions est aussi d’aider les pays de départ à se développer et à assurer ainsi un meilleur avenir à leurs jeunes chez eux.

 

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito octobre 2018

Leçons d’histoire

Il y a bientôt cent ans prenait fin un des principaux épisodes de la Première Guerre mondiale. Après plus de quatre ans d’affrontements, la France et l’Allemagne allaient signer un armistice à Rethondes, une commune de l’Oise, le 11 novembre 1918. Dans l’est de l’Europe, en revanche, des combats allaient se poursuivre, notamment en Pologne, en Russie, en Turquie, jusqu’en 1923 pour les derniers. Au total, plus de soixante millions de soldats prirent part à ce conflit durant lequel environ dix millions de civils et militaires moururent et vingt millions furent blessés.

En France, une Mission du centenaire a été mise en place dès 2013 pour réfléchir à la façon dont le pays devait se souvenir de cette tragédie. Elle travaille avec des historiens, des enseignants, des musées, et avec de nombreuses associations et collectivités territoriales qui font vivre la mémoire de la Grande Guerre, notamment dans les départements du nord et de l’est de la France où se déroulèrent les principales batailles.

Ce travail est important pour garder le souvenir de ceux qui sont tombés, mais aussi pour tirer des enseignements pour le présent. L’histoire ne se répète jamais vraiment, mais l’étudier est une sage précaution pour préparer l’avenir. Cela permet de mieux connaître les ressorts de l’âme des peuples et de prévenir les erreurs que peuvent commettre leurs dirigeants. Une démarche importante dès lors que chaque citoyen est responsable du destin de son pays et peut peser en faveur de la paix.

David Groison, rédacteur en chef à Phosphore et Jean-Christophe Ploquin, rédacteur en chef à La Croix

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito mai 2018

Non-violence

La guerre en Syrie est l’un des plus grands drames humains actuels. Déclenchée il y a sept ans, elle a déraciné des millions d’habitants et fait plus de 350 000 morts. Le pays est effondré. L’État contrôle à peine la moitié du territoire et le reste est divisé entre des milices rivales. L’éducation est loin d’être assurée partout et beaucoup de civils dépendent de l’aide internationale pour manger ou se soigner.

La majorité de la population, bien sûr, aspire à la paix. Mais celle-ci est d’autant plus difficile à trouver que les Syriens ne sont pas les seuls à se battre. De nombreux pays interviennent en soutien de telle ou telle faction, voire pour leurs propres intérêts. Aucun ne s’est révélé jusqu’à présent assez fort pour imposer sa solution, et aucune coalition n’a su négocier une sorte de « paix des braves ». La tragédie se poursuit donc, scandaleuse et choquante.

Sept ans après les premières escarmouches, la leçon est criante : la violence armée est la pire solution pour résoudre des tensions internes. En Syrie, le pouvoir a réprimé avec une terrible dureté de premières manifestations qui étaient pacifiques, suscitant une révolte qui a très vite pris les armes. On comprend aujourd’hui qu’il aurait mieux valu que les opposants fassent preuve d’endurance et de résilience. La résistance non-violente a fait ses preuves dans de nombreux autres conflits dans le monde. En Syrie aussi, elle aurait pu porter du fruit.

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito avril 2018

S’orienter

Il n’est pas facile de se projeter dans le futur, encore moins d’imaginer son propre avenir. Le lycée, les écoles professionnelles, l’université y poussent, bien sûr. Les filières sont les premiers rails qui conduisent à un métier, à un salaire, à des responsabilités, à une place nouvelle dans la société.

Cet enjeu occupe les élèves de terminale avec, cette année, les nouvelles procédures de Parcoursup. Mais le cheminement se poursuit ensuite avec d’autres formations qui conduisent peu à peu à la première embauche. Il faut faire la part du rêve et de la réalité, du désir d’épanouissement et de l’adaptation au marché de l’emploi.

Celui-ci dépend des besoins des entreprises. Or un gisement professionnel apparemment inépuisable est identifié depuis des années : celui de l’informatique. Ce domaine d’activité est à la croisée des sciences, de la technique et de l’industrie. Il concerne le traitement automatique de l’information par l’exécution de programmes intégrés dans des machines : systèmes embarqués, ordinateurs, robots, automates…

Toutes les entreprises y recourent et les usages sont en perpétuelle évolution. C’est pour cela qu’en Allemagne, les collégiens doivent apprendre les rudiments du codage, comme un nouveau langage. Alors, tous informaticiens ? Sans doute pas, mais pourquoi pas, au moins au niveau du b.a.-ba. Reste que le plus important est de pouvoir donner du sens à son travail. On revient là à l’individualité de chaque personne et à ce qui nous anime dans la vie.

David Groison, rédacteur en chef à Phosphore
et Jean-Christophe Ploquin, rédacteur en chef à La Croix

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Edito mars 2018

Un grand débat sur la vie

Pendant toute l’année 2018, et dans la perspective d’une loi qui sera votée en 2019, des débats scientifiques et moraux
très importants vont se dérouler à travers la France.
Des médecins, des juristes, des philosophes, des religieux
vont s’interroger sur les évolutions de la science et réfléchir
à leurs conséquences sur notre façon de considérer la vie,
la procréation, la mort. Ces états généraux de la bioéthique
ne seront toutefois pas réservés aux spécialistes.
Des rencontres seront organisées avec le public, dont
certaines à destination des lycéens et des étudiants.
Faut-il mener des recherches sur l’embryon humain ? Peuton
manipuler le génome d’un individu ? Comment contrôler
les atteintes à la vie privée que peuvent entraîner les objets
connectés ? Sur tous ces sujets, les réponses apportées par
chaque personne s’enracinent dans un socle de valeurs et
dans une vision du monde. Or celle-ci évolue rapidement.
Les enquêtes d’opinion menées depuis plusieurs années
montrent que les Français veulent être de plus en plus
autonomes dans leur choix. Ils réclament le droit de profiter des
avancées de la biologie et de la médecine qui permettent bien souvent
de vivre mieux et qui créent de nouvelles attentes. Au vu des
enjeux, il est important pour les jeunes de participer au débat de ces états généraux.
Car ces questions de bioéthique se poseront de façon
toujours plus aiguë demain.
David Groison, rédacteur en chef à Phosphore
et Jean-Christophe Ploquin, rédacteur en chef à La Croix

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Edito février 2018

Continents frères

L’Europe et l’Afrique sont comme deux continents frères. Proches et différents, aux destins irrémédiablement liés. Depuis les premières explorations des navigateurs portugais, il y a plus de cinq cents ans, les échanges n’ont jamais cessé. Ils furent parfois violents, souvent inégaux, et les Européens furent même des oppresseurs.

Mais les rapports évoluent aujourd’hui rapidement et de nouveaux équilibres s’installent. Dans moins de cent ans, l’Afrique comptera sans doute quatre fois plus d’habitants que l’Union européenne et, sur une longue période, la croissance économique y sera beaucoup plus forte qu’en Europe. Ces transformations se font toutefois dans la douleur et se produisent par à-coups, car de nombreux pays n’ont pas assez d’argent pour soutenir avec régularité leur développement. C’est donc le moment de jeter des ponts par-dessus la mer Méditerranée et le Sahara, de tisser des liens et de renforcer les échanges.

L’un des enjeux est de réduire l’immigration irrégulière, qui met en danger la vie des personnes, et d’organiser des flux dits « circulaires », qui permettent d’aller et venir entre les deux continents avec un minimum de contraintes. La rencontre est possible aussi dans la vie quotidienne. De nombreux Français sont originaires d’Afrique et de nombreux Africains brillent dans les arts, les sports, la finance, les start-up. À terme, l’Europe aura sans doute une population beaucoup plus métissée qu’aujourd’hui et ce sera tant mieux. Car l’Afrique porte en elle une énorme énergie.

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Edito janvier 2018

Au secours des Rohingyas

Qui connaissait les Rohingyas il y a un an en France ? Personne, ou alors quelques spécialistes de l’Asie et des travailleurs humanitaires bien renseignés sur les malheurs du monde. Or soudain, ce peuple a crevé les écrans. Des visages d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant les persécutions infligées par l’armée de Birmanie – on dit aussi Myanmar – et obligés de fuir dans le pays voisin, le Bangladesh. En quatre mois, plus de 620 000 personnes ont pris la route de l’exil, victimes de ce que l’Organisation des Nations unies a qualifié d’« épuration ethnique ». Le drame des Rohingyas a été fortement médiatisé par la visite du pape François, fin novembre, dans les deux pays concernés, mais aussi par le buzz créé par l’acteur Omar Sy et la star des réseaux sociaux Jérôme Jarre, qui ont lancé un appel aux dons en direct d’un camp de réfugiés au Bangladesh. Il faudra veiller, à présent, à ce que la vague d’émotion débouche sur des actions dans la durée. La mobilisation ne doit pas être qu’une étincelle, il faut prévoir une aide sur le long terme, que peuvent mener des associations bien structurées.
L’enjeu est aussi politique. Les violences de masse s’inscrivent toujours dans des conflits complexes, dont l’histoire s’enracine plusieurs dizaines d’années en arrière. Des populations sont montées les unes contre les autres au nom de la défense de leur identité alors que le dialogue permettrait, à l’inverse, de réduire les passions. En Birmanie, il faudra beaucoup de patience, d’obstination et de doigté pour que
les Rohingyas puissent un jour rentrer chez eux.

David Groison, rédacteur en chef à Phosphore
et Jean-Christophe Ploquin, rédacteur en chef à La Croix

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito décembre 2017

Optimistes

Les Dossiers de l’actualité ont 20 ans ! Votre âge à vous, lecteurs ! Ce mensuel, réalisé par le quotidien La Croix et le magazine Phosphore, s’adresse en effet aux lycéens et aux jeunes étudiants. Son objectif est de vous offrir une information de qualité. À l’heure des réseaux sociaux et de l’information immédiate, il est bon en effet de savoir se poser et prendre le temps de lire plusieurs articles abordant un même sujet sous des angles différents. Cela permet de se faire une opinion solide sur de grands événements ou sur des phénomènes de société. Et aussi, parfois, de décrocher une bonne note lors d’un exposé !

Les Dossiers de l’actualité consacrent aussi chaque mois plusieurs pages à des jeunes (et moins jeunes) qui ont pris leur destin en main ou qui se sont lancés dans des projets solidaires. Une façon de partager le dynamisme que vous exprimez souvent. Le baromètre sur la confiance des jeunes que nous publions dans ce numéro le montre : vous, les « 20 ans », vous abordez l’avenir avec optimisme, percevant la complexité du monde mais volontaires pour y prendre part.

À 20 ans, beaucoup tâtonnent encore dans leur vie étudiante, professionnelle, sociale, affective. C’est normal. Trouver sa voie vers un métier et vers la vie adulte se fait rarement du premier coup. Il faut expérimenter, parfois renoncer, faire des choix progressifs… Par son travail de décryptage, Les Dossiers de l’actualité espèrent contribuer à éclairer le chemin.

 

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité