Édito mai 2018

Non-violence

La guerre en Syrie est l’un des plus grands drames humains actuels. Déclenchée il y a sept ans, elle a déraciné des millions d’habitants et fait plus de 350 000 morts. Le pays est effondré. L’État contrôle à peine la moitié du territoire et le reste est divisé entre des milices rivales. L’éducation est loin d’être assurée partout et beaucoup de civils dépendent de l’aide internationale pour manger ou se soigner.

La majorité de la population, bien sûr, aspire à la paix. Mais celle-ci est d’autant plus difficile à trouver que les Syriens ne sont pas les seuls à se battre. De nombreux pays interviennent en soutien de telle ou telle faction, voire pour leurs propres intérêts. Aucun ne s’est révélé jusqu’à présent assez fort pour imposer sa solution, et aucune coalition n’a su négocier une sorte de « paix des braves ». La tragédie se poursuit donc, scandaleuse et choquante.

Sept ans après les premières escarmouches, la leçon est criante : la violence armée est la pire solution pour résoudre des tensions internes. En Syrie, le pouvoir a réprimé avec une terrible dureté de premières manifestations qui étaient pacifiques, suscitant une révolte qui a très vite pris les armes. On comprend aujourd’hui qu’il aurait mieux valu que les opposants fassent preuve d’endurance et de résilience. La résistance non-violente a fait ses preuves dans de nombreux autres conflits dans le monde. En Syrie aussi, elle aurait pu porter du fruit.

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito avril 2018

S’orienter

Il n’est pas facile de se projeter dans le futur, encore moins d’imaginer son propre avenir. Le lycée, les écoles professionnelles, l’université y poussent, bien sûr. Les filières sont les premiers rails qui conduisent à un métier, à un salaire, à des responsabilités, à une place nouvelle dans la société.

Cet enjeu occupe les élèves de terminale avec, cette année, les nouvelles procédures de Parcoursup. Mais le cheminement se poursuit ensuite avec d’autres formations qui conduisent peu à peu à la première embauche. Il faut faire la part du rêve et de la réalité, du désir d’épanouissement et de l’adaptation au marché de l’emploi.

Celui-ci dépend des besoins des entreprises. Or un gisement professionnel apparemment inépuisable est identifié depuis des années : celui de l’informatique. Ce domaine d’activité est à la croisée des sciences, de la technique et de l’industrie. Il concerne le traitement automatique de l’information par l’exécution de programmes intégrés dans des machines : systèmes embarqués, ordinateurs, robots, automates…

Toutes les entreprises y recourent et les usages sont en perpétuelle évolution. C’est pour cela qu’en Allemagne, les collégiens doivent apprendre les rudiments du codage, comme un nouveau langage. Alors, tous informaticiens ? Sans doute pas, mais pourquoi pas, au moins au niveau du b.a.-ba. Reste que le plus important est de pouvoir donner du sens à son travail. On revient là à l’individualité de chaque personne et à ce qui nous anime dans la vie.

David Groison, rédacteur en chef à Phosphore
et Jean-Christophe Ploquin, rédacteur en chef à La Croix

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Edito mars 2018

Un grand débat sur la vie

Pendant toute l’année 2018, et dans la perspective d’une loi qui sera votée en 2019, des débats scientifiques et moraux
très importants vont se dérouler à travers la France.
Des médecins, des juristes, des philosophes, des religieux
vont s’interroger sur les évolutions de la science et réfléchir
à leurs conséquences sur notre façon de considérer la vie,
la procréation, la mort. Ces états généraux de la bioéthique
ne seront toutefois pas réservés aux spécialistes.
Des rencontres seront organisées avec le public, dont
certaines à destination des lycéens et des étudiants.
Faut-il mener des recherches sur l’embryon humain ? Peuton
manipuler le génome d’un individu ? Comment contrôler
les atteintes à la vie privée que peuvent entraîner les objets
connectés ? Sur tous ces sujets, les réponses apportées par
chaque personne s’enracinent dans un socle de valeurs et
dans une vision du monde. Or celle-ci évolue rapidement.
Les enquêtes d’opinion menées depuis plusieurs années
montrent que les Français veulent être de plus en plus
autonomes dans leur choix. Ils réclament le droit de profiter des
avancées de la biologie et de la médecine qui permettent bien souvent
de vivre mieux et qui créent de nouvelles attentes. Au vu des
enjeux, il est important pour les jeunes de participer au débat de ces états généraux.
Car ces questions de bioéthique se poseront de façon
toujours plus aiguë demain.
David Groison, rédacteur en chef à Phosphore
et Jean-Christophe Ploquin, rédacteur en chef à La Croix

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Edito février 2018

Continents frères

L’Europe et l’Afrique sont comme deux continents frères. Proches et différents, aux destins irrémédiablement liés. Depuis les premières explorations des navigateurs portugais, il y a plus de cinq cents ans, les échanges n’ont jamais cessé. Ils furent parfois violents, souvent inégaux, et les Européens furent même des oppresseurs.

Mais les rapports évoluent aujourd’hui rapidement et de nouveaux équilibres s’installent. Dans moins de cent ans, l’Afrique comptera sans doute quatre fois plus d’habitants que l’Union européenne et, sur une longue période, la croissance économique y sera beaucoup plus forte qu’en Europe. Ces transformations se font toutefois dans la douleur et se produisent par à-coups, car de nombreux pays n’ont pas assez d’argent pour soutenir avec régularité leur développement. C’est donc le moment de jeter des ponts par-dessus la mer Méditerranée et le Sahara, de tisser des liens et de renforcer les échanges.

L’un des enjeux est de réduire l’immigration irrégulière, qui met en danger la vie des personnes, et d’organiser des flux dits « circulaires », qui permettent d’aller et venir entre les deux continents avec un minimum de contraintes. La rencontre est possible aussi dans la vie quotidienne. De nombreux Français sont originaires d’Afrique et de nombreux Africains brillent dans les arts, les sports, la finance, les start-up. À terme, l’Europe aura sans doute une population beaucoup plus métissée qu’aujourd’hui et ce sera tant mieux. Car l’Afrique porte en elle une énorme énergie.

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Edito janvier 2018

Au secours des Rohingyas

Qui connaissait les Rohingyas il y a un an en France ? Personne, ou alors quelques spécialistes de l’Asie et des travailleurs humanitaires bien renseignés sur les malheurs du monde. Or soudain, ce peuple a crevé les écrans. Des visages d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant les persécutions infligées par l’armée de Birmanie – on dit aussi Myanmar – et obligés de fuir dans le pays voisin, le Bangladesh. En quatre mois, plus de 620 000 personnes ont pris la route de l’exil, victimes de ce que l’Organisation des Nations unies a qualifié d’« épuration ethnique ». Le drame des Rohingyas a été fortement médiatisé par la visite du pape François, fin novembre, dans les deux pays concernés, mais aussi par le buzz créé par l’acteur Omar Sy et la star des réseaux sociaux Jérôme Jarre, qui ont lancé un appel aux dons en direct d’un camp de réfugiés au Bangladesh. Il faudra veiller, à présent, à ce que la vague d’émotion débouche sur des actions dans la durée. La mobilisation ne doit pas être qu’une étincelle, il faut prévoir une aide sur le long terme, que peuvent mener des associations bien structurées.
L’enjeu est aussi politique. Les violences de masse s’inscrivent toujours dans des conflits complexes, dont l’histoire s’enracine plusieurs dizaines d’années en arrière. Des populations sont montées les unes contre les autres au nom de la défense de leur identité alors que le dialogue permettrait, à l’inverse, de réduire les passions. En Birmanie, il faudra beaucoup de patience, d’obstination et de doigté pour que
les Rohingyas puissent un jour rentrer chez eux.

David Groison, rédacteur en chef à Phosphore
et Jean-Christophe Ploquin, rédacteur en chef à La Croix

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito décembre 2017

Optimistes

Les Dossiers de l’actualité ont 20 ans ! Votre âge à vous, lecteurs ! Ce mensuel, réalisé par le quotidien La Croix et le magazine Phosphore, s’adresse en effet aux lycéens et aux jeunes étudiants. Son objectif est de vous offrir une information de qualité. À l’heure des réseaux sociaux et de l’information immédiate, il est bon en effet de savoir se poser et prendre le temps de lire plusieurs articles abordant un même sujet sous des angles différents. Cela permet de se faire une opinion solide sur de grands événements ou sur des phénomènes de société. Et aussi, parfois, de décrocher une bonne note lors d’un exposé !

Les Dossiers de l’actualité consacrent aussi chaque mois plusieurs pages à des jeunes (et moins jeunes) qui ont pris leur destin en main ou qui se sont lancés dans des projets solidaires. Une façon de partager le dynamisme que vous exprimez souvent. Le baromètre sur la confiance des jeunes que nous publions dans ce numéro le montre : vous, les « 20 ans », vous abordez l’avenir avec optimisme, percevant la complexité du monde mais volontaires pour y prendre part.

À 20 ans, beaucoup tâtonnent encore dans leur vie étudiante, professionnelle, sociale, affective. C’est normal. Trouver sa voie vers un métier et vers la vie adulte se fait rarement du premier coup. Il faut expérimenter, parfois renoncer, faire des choix progressifs… Par son travail de décryptage, Les Dossiers de l’actualité espèrent contribuer à éclairer le chemin.

 

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito novembre 2017

Angela Merkel, l’incontournable

Angela Merkel a une nouvelle fois gagné. Fin septembre, celle qui dirige l’Allemagne depuis douze ans a conduit son parti à la victoire lors des élections législatives. Son score est toutefois insuffisant pour qu’elle puisse gouverner seule.

Elle a donc entamé des négociations avec les libéraux et les écologistes pour s’accorder sur un programme d’action et constituer un gouvernement qui commencera à travailler dans les prochaines semaines. Le scrutin de septembre a malheureusement fait un autre vainqueur : le nouveau parti populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a profité d’un puissant vote de protestation contre la politique de la chancelière.

Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et le renversement du régime nazi de Hitler, des députés d’extrême droite siègent, nombreux, au Parlement allemand. Leurs électeurs ont manifesté leur rejet d’une politique d’immigration généreuse et leur sentiment d’être exclus du miracle économique allemand. Ces résultats vont avoir de l’influence dans les négociations sur l’avenir de l’Union européenne.

Convaincu que l’Europe doit être plus unie et plus forte dans un monde où les grandes puissances – États-Unis, Chine, Russie, Inde… – défendent fermement leurs intérêts, le président français Emmanuel Macron veut renforcer la solidarité entre les États membres et donner de nouvelles priorités à l’Union. Cela ne peut se faire qu’en concertation étroite avec l’Allemagne, notamment. Même affaiblie, Angela Merkel reste une partenaire indispensable.

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito octobre 2017

Les plus d’Erasmus

Les voyages forment la jeunesse, dit le dicton. C’est encore plus vrai avec Erasmus. Ce programme d’échanges d’étudiants permet chaque année à des milliers de jeunes Européens de suivre une année de formation à l’étranger, souvent dans une autre langue que leur langue maternelle. L’expérience est extrêmement riche. Elle permet d’acquérir des savoirs imprévus, de découvrir de nouveaux horizons, de tester sa capacité d’adaptation à une société différente. Elle met de la distance avec le milieu familial, avec les réseaux d’amitié, mais conduit à créer de nouveaux liens. On en revient plus ouvert, enclin à écouter d’autres points de vue, à apprécier la diversité du monde. C’est pourquoi Erasmus gagne à être connu et étendu.
À la mi-octobre, des Erasmus Days se dérouleront à travers la France pour promouvoir ce programme. Des « anciens » livreront leurs témoignages pour donner envie à d’autres de tenter l’aventure. Depuis plusieurs années, ces échanges ne concernent d’ailleurs pas que les étudiants et les enseignants mais aussi les apprentis et les lycéens. Pour que cette opportunité profite à toutes les catégories de jeunes.
Erasmus, c’est aussi un atout pour cette communauté de pays qu’est l’Union européenne. C’est d’ailleurs elle qui finance ce programme, avec le désir d’effacer les frontières, de créer un sentiment de proximité, d’identité commune. On s’entend plus facilement quand on se connaît. On se respecte davantage. Favoriser les échanges, c’est aussi travailler pour la paix.

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito septembre 2017

Au travail

Depuis des années, les performances économiques de la France sont à la traîne. La croissance y est plus faible que chez la plupart de ses voisins. Le chômage concerne près de 10 % de la population active. Parmi les causes de cette situation, le droit du travail fait figure d’accusé.
Ses réglementations lourdes et complexes sont considérées comme un frein à ’embauche, notamment dans les petites et moyennes entreprises. Plusieurs gouvernements ont donc entrepris de le transformer. Le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, en a même fait une de ses réformes prioritaires. Et pour aller vite, il a réduit la participation du Parlement à l’élaboration de nouvelles lois. Dès ce mois de septembre, des dispositions vont entrer en vigueur. Avec le risque que le débat, qui n’aura pas eu lieu à l’Assemblée nationale, se déroule dans la rue, par
des manifestations. En fait, la confiance des salariés ne s’obtiendra que si d’autres avancées sont réalisées. Une plus grande flexibilité dans les parcours professionnels devra s’accompagner d’une plus grande sécurité dans le maintien des revenus, y compris durant les périodes de formation à de nouveaux métiers. Cela nécessitera un bon dialogue social. La qualité de la formation initiale sera aussi déterminante.
À l’heure de la rentrée dans les lycées, les grandes écoles et les universités, il n’y a en tout cas qu’un seul mot d’ordre : au travail !

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité

Édito juin 2017

Au travail !

Quelle audace ! Le 7 mai, les électeurs ont élu le plus jeune président de l’histoire de France ! Pendant cinq ans, c’est donc Emmanuel Macron qui incarnera le pays dans ses relations avec le monde. C’est lui, aussi, qui décidera des grandes orientations économiques, politiques, militaires ou éducatives.
Beaucoup de jeunes ont voté pour lui, séduits par son élan et par son projet de briser un système politique divisé entre droite et gauche. D’autres se sont méfiés de son look de jeune premier à qui tout réussit, de son passé de ministre et de banquier.
Pour de nombreux électeurs ayant une existence difficile et craignant l’avenir, il n’est pas facile de décider à qui faire confiance. Certains ont choisi le vote blanc ou l’abstention.
Emmanuel Macron a un programme qui devrait intéresser particulièrement les jeunes. Pour lui, le redressement de la France passe par une libéralisation du marché de l’emploi. Il met au centre de son projet le travail, mais aussi l’initiative individuelle. Il souhaite que toute personne qui veut entreprendre puisse le faire.
Cela traduit aussi sa vision de la vie. Le nouveau président pense que chacun doit pouvoir prendre son avenir en main. En créant les conditions favorables pour cela, il espère redonner de l’espoir aux gens et du dynamisme à la société, à l’économie, à la France et, par ricochet, à l’Europe. C’est une vision stimulante mais qui ne doit pas oublier l’exigence de solidarité.

Jean-Christophe Ploquin
& David Groison
Rédacteurs en chef des Dossiers de l’Actualité